
Suivi en temps réel du projet ODYSEA



15 octobre 2026 - 10h
Deuxième étape : Escales aux Canaries
Après 11 jours de mer pour rallier les Canaries, changement de programme et d’équipages, chacun avec sa spécialité, avec au menu prélèvements d’ADN environnemental, escalade, randonnées et navigation entre les îles.
Pour cette courte escale aux Canaries, quatre îles sont prévues : Tenerife, puis, plus à l’ouest, La Gomera, La Palma et El Hierro, trois sauvages à l’écart des routes touristiques. Sur chacune d’elles, des prélèvements d’ADN environnemental ont été réalisés afin d’y étudier la biodiversité en poissons, raies et requins. Ce type d’analyses n’a jamais été réalisé aux Canaries, et les sites sont choisis en fonction de la beauté du lieu, de son caractère sauvage, de son statut de protection et de son accessibilité en voilier. Des endroits majestueux qui imposent le respect. En particulier Los Gigantes, très justement nommé pour ses imposantes et inhospitalières falaises basaltiques.
Si des espèces protégées sont mises en évidence par le séquençage des échantillons, cela fournira aux gestionnaires de ces sites des arguments pour mettre en place des zones de protection. Elles sont cruciales pour la sauvegarde de la biodiversité, et la COP17 d’Erevan sur la biodiversité, qui a lieu actuellement, vient une nouvelle fois nous le rappeler. Au-delà des efforts de chacune et chacun au niveau individuel, il est nécessaire que les Etats s’accordent sur les financements de mesures protectives, basées des rapports scientifiques rigoureux. Caramel et ses équipages, à travers le projet ODYSEA, participent à cet effort pour le bien commun.
Au-delà de la beauté de ses sites côtiers, de ses fonds marins et de leurs habitants, les Canaries sont connues pour l’escalade et en particulier Tenerife. Ce sont principalement des falaises d’une longueur et elles sont pléthore sur l’île. Avec Éric et Loic, nous en avons eu un petit aperçu sur les sites de Arico et de El Capricho. Le premier est un canyon ouvert planté de quelques pins et qui propose des voies longues très physiques. Parfait pour une reprise sur un rocher basaltique rouge foncé parsemé de fissures. Le second est un dédale de rochers dorés qui fait face au volcan du Teide, un site grandiose. Quel bonheur de grimper à nouveau, de serrer des petites arquées, de charger des pieds, de coincer les doigts dans les fissures et de fermer les biceps pour s’élancer à la verticale. Après Archimède qui nous a poussés jusqu’aux Canaries, Newton se rappelle à notre bon souvenir et remplit nos avant-bras d’acide lactique. Un vrai plaisir !
Celui des yeux est aussi au rendez-vous avec les déambulations sur les îles de Tenerife et La Gomera, avec Antoinette, Joanna et Éric. Un coup de vent décide de nous bloquer à terre pour nous offrir la possibilité de découvrir Tenerife côté terre. Au Nord-Est, les ruelles colorées de La Laguna et La Orotava, les forêts mystérieuses nimbées de brouillard du parc naturel de Anaga et la côte sauvage escarpée de Taganana. Au cœur de Tenerife, c’est le Teide et ses arides paysages volcaniques qui éblouissent. C’est le point culminant de l’Espagne avec ses 3715 m. Un site grandiose pour randonner, notamment au Mont Guajara (2717 m), un point de vue magnifique sur le Teide tout au long des 600 m de dénivelé. Descente par une vire à chamois pour sortir des sentiers battus et boucler cette randonnée.
Sur La Gomera on retrouve les forêts énigmatiques de laurisylve pour atteindre le point culminant, le Alto de Garajonay (1487 m) qui a donné son nom au parc naturel du cœur de l’île. Les scories, témoins de l’origine volcanique des Canaries, sont partout très présentes sur les îles, et elles n’ont aucune connotation négative. Au contraire... Elles dessinent des paysages d’une beauté irréelle, comme sur le mont El Cepo, cette imposante avancée de terres rouges et jaunes qui domine l’océan du haut de ses 655 m. Toujours sur la Gomera, les petits villages typiques ne manquent pas, à l’image de Agulo et de son dédale de ruelles qui invitent à la flânerie architecturale. Le même projet prévu à Santa Cruz de la Palma est contrarié par l’absence de disponibilité d’une place de port pour Caramel… Ce sera finalement le port de Tazacorte, moins charmant mais entouré de sentiers escarpés propices à la randonnée au milieu des champs de bananiers…
Entre les îles, la navigation est plutôt sportive. Les Alizés, renforcés par l’effet Venturi et accélérés à proximité des caps, soufflent régulièrement à 30 nœuds. Caramel est à l’aise avec ses deux ris et sa trinquette, il déroule les milles pour nous emmener de Tenerife à la Gomera, puis à La Palma et El Hiero. Après un dernier prélèvement dans le mouillage isolé du Sud-Ouest de El Hiero, il remet ses voiles pour la troisième étape, 750 NM jusqu’au Cap Vert.
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1er Octobre 2026 – 7h30
Première étape : Marseille – Tenerife, 1564 NM
Le vent s’est maintenu vigoureusement jusqu’au petit matin du 28 septembre et Caramel en a profité pour dérouler 167 NM en 24h. Mais après quelques derniers hoquets de brise, il faut se résoudre à démarrer le moteur. Et au vu de la dimension de la molle devant nous, il va falloir être parcimonieux dans l’utilisation du gasoil.
Concrètement, cela consiste à rester à la voile dans 3 ou 4 nœuds de vent et à accepter de n’avancer qu’à 2 nœuds par moments. Cela demande du temps, de l’énergie et de la concentration à la barre pour garder le spi gonflé. Pour un résultat bien souvent dérisoire en termes de distance parcourue… La voile est une école de la patience, de la persévérance et de l’acceptation.
Dans ces douces conditions, les distractions sont les bienvenues. Et elles n’ont pas manqué dans cette descente aux Canaries. C’est d’abord une horde de globicéphales qui est venue rendre visite à Caramel. Aucune menace malgré la noirceur de leurs ailerons. Ils ont juste croisé notre route, sauf l’un d’entre eux qui s’est attardé pour bavarder avec nous. Son chant aiguë s’entendait distinctement. À le voir faire des vrilles sous Caramel, on l’imagine curieux et joueur. Quel émerveillement de voir ces animaux majestueux nous faire l’honneur de leur présence.
C’est ensuite un petit oiseau, un Gobemouche gris qui nous a rejoint au début d’une matinée, alors que Caramel se trouvait à plus de 100 NM des côtes marocaines. Le petit représentant de cette espèce migratoire s’est peut-être égaré un peu trop loin de la terre… Le gîte et le couvert lui ont été offerts, mais il n’a pris que le premier. Et alors qu’il virevoltait sur Caramel en matinée, ses cabrioles se sont faites plus discrètes au fur et à mesure que le soleil poursuivait sa course. Il ne l’a pas vu se coucher et a fini sa vie de grand voyageur en notre compagnie, avec les flots comme linceul.
Ce soir-là, comme les suivants, la vague d’étrave de Caramel s’est illuminée d’une lumière bleutée, électrique et irréelle. C’est la bioluminescence du plancton qui s’agitait à notre passage.
Et toujours des dauphins, qui continuent régulièrement de jouer à l’étrave de Caramel, on finirait presque par s’habituer à cette chance…
Le vent finit par revenir et après trois derniers empannages nocturnes, Caramel accoste à la Marina de Santa Cruz le 1er octobre dans les lueurs de l’aube, entre grues de déchargement de conteneurs, cargos et plateformes pétrolières… Retour à la civilisation après 1564 NM en 11 jours et 19h.




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27 septembre 2026 – 13h
Première étape : Marseille – Tenerife, 1450 NM
Passage du détroit de Gibraltar
Caramel poursuit sa route dans l’Atlantique, au large de Rabat, cap au 230° sur Santa Cruz de Tenerife à 450 NM. Petit vent de Nord-Est 10 nœuds.
Avant cela, il y a eu le détroit de Gibraltar, porte d’entrée dans l’Atlantique. Un endroit fascinant où l’on ressent les gigantesques forces à l’œuvre dans la nature. Les courants liés aux marées peuvent dépasser les 4 nœuds, ils se conjuguent à de gigantesques tourbillons d’eau et à des effets de vent très localisés. Tout cela se manifeste à la surface par des zones de cisaillement : sans raison apparente, la mer peut alterner entre petit clapot, surface plane et vagues moutonnantes.
A cette nature intimidante s’ajoutent les artefacts de notre monde industriel et de son économie mondialisée : les porte-conteneurs, les tankers et les pétroliers, monstres flottants accompagnés des odeurs âcres de notre civilisation. D’autant plus qu’avec les fortes perturbations dans les détroits d’Ormuz et Bab-el-Mandab, une partie du trafic maritime se détourne dans celui Gibraltar.
Le droit de passage dans le détroit peut s’avérer élevé pour les frêles voiliers. Les gardiennes en sont les orques, majestueuses dans leur livrée noire et blanche. En guise de dîme, et sans explication, elles prélèvent des morceaux de safran.
Pour échapper à cette dangereuse taxe, Caramel est équipé de deux pingers, des petits boîtiers émetteurs d’ondes supposément répulsives pour les cétacés. Mais l’immersion des pingers à la poupe a eu un effet aussi radical qu’inattendu : des palanquées de dauphins sont venues escorter Caramel. Une observation qui sème le doute quant à l’efficacité du dispositif de protection… on se rassure comme on peut en remarquant que les dauphins jouent à l’avant de Caramel, et non pas autour des pingers, ce qui nous permet de conclure, très peu scientifiquement, que l’effet répulsif aurait un rayon d’action de quelques mètres…
Quoi qu’il en soit, Caramel traverse sans encombre le détroit avec un fort courant de face : malgré les 25 nœuds de vent portant, nous n’avançons par moments qu’à 5 petits nœuds sur le fond, tandis que la vitesse surface indique 9 nœuds.
Au coucher du soleil le vendredi 25 septembre, Caramel double le cap de Spartel et il entre officiellement dans l’océan Atlantique.Mais il lui faudra encore quelques heures de navigation pour retrouver réellement la sécurité du large. Les côtes marocaines sont en effet une zone de filets dérivants en surface très difficiles à repérer et dont les conséquences peuvent être ravageuses pour les hélices. Caramel s’est déjà fait prendre dans leurs rets il y a 3 ans et en garde un souvenir angoissé. Après quatre heures à faire route plein ouest, les difficultés sont derrière nous et nous pouvons abattre en direction des Canaries.
Encore quatre jours avant Santa Cruz de Tenerife nous prédisent les routages. Ce sera a priori du petit temps et du moteur…






21 septembre 2026 – 18h
Première étape : Marseille – Tenerife, 1450 NM
L’aventure ODYSEA s’est élancée de Marseille samedi 19 septembre à midi.
C’est émouvant de larguer les amarres pour un si grand périple en laissant à terre ceux que l’on aime. Une forme de vertige. Une réalité encore un peu difficile à concevoir.
A bord de Caramel, Loïc et Jérémie, deux facétieux amis d'enfance m’accompagnent sur cette première étape jusqu’aux Canaries pour un programme mêlant navigation, surf et grimpe, le tout en mode low carbone.
Après deux jours et 290NM parcourus, nous sommes à une vingtaine de milles d’Ibiza.
Les conditions sont clémentes, pas plus de 10 nœuds de vent et une mer plate.
Les allures sont variées, beaucoup de spi, un peu de près. Des couchers et levers de soleil magiques. Quelques ailerons de dauphins et des bancs de thons. Des ciels étoilés à n’en plus finir.
Caramel glisse tranquillement en direction du sud-ouest vers la mer d’Alboran.
Ces premiers jours sont des instants de répit et de repos bienvenus après des derniers mois intenses, entièrement dédiés à la préparation du projet.
Une météo si bienveillante qu’elle en est presque irréelle.
Pour la suite, les fichiers grib annoncent du près pendant une grosse journée avant de repasser au portant entre Carthagène et Almeria…

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Le grand départ
Le grand départ est prévu pour le samedi 19 septembre… Si les conditions météo le permettent, Caramel larguera les amarres du port de l’Estaque à Marseille et prendra le large en direction des Canaries.



17 au 30 août 2026
Suite de la préparation de Caramel
Le carénage et le remplacement du gréement sont terminés. La préparation de Caramel se poursuit avec des interventions de moindre ampleur, voire invisibles. Mais des détails qui au large n'en sont pas.
Faire communiquer tous les instruments
L’électronique de bord a été modifiée pour centraliser sur une tablette les données des instruments, de l’AIS et du pilote automatique. NMEA 2000, NMEA 0183, SeaTalk : trois langages différents pour des systèmes qui doivent pourtant se comprendre. Le multiplexeur fait office de traducteur et transmet les informations en Wi-Fi. Après quelques tâtonnements de câblage et de configuration, tout ce beau monde communique.
Préparer le froid du Cap Horn
Le cap Horn est encore loin et la canicule toujours bien présente, mais il faut prévoir le froid et l'humidité des canaux de Patagonie. Un petit chauffage a donc pris place à bord.
Les gaines étaient déjà installées pour distribuer l’air chaud. Il restait à mettre en place la chaudière, son alimentation en gasoil et l'évacuation par la cheminée. C’est fait, Caramel pourra affronter les températures les moins clémentes.
Vérifier le système de pilotage
Avant le départ, une vérification s’impose également sur les drosses de barre et leurs poulies qui ont été contrôlées et nettoyées. Indispensable pour pouvoir contrôler le safran.
Ajuster le tableau électrique
Le tableau électrique a fait l’objet de quelques modifications, notamment pour permettre l’alimentation de la nouvelle antenne satellite via un disjoncteur dédié.
Débuter l’avitaillement
Et au-delà de la préparation technique, Caramel commence aussi à se remplir avec le matériel nécessaire au programme scientifique d’ODYSEA. Les premiers équipements indispensables aux prélèvements d’ADN environnemental prennent place à bord.
Le grand départ approche…





10 au 13 août 2026
Carénage et Polish
Des activités éprouvantes… le pire étant le ponçage de la coque, pour préparer l'application du nouvel antifouling. Physiquement difficile, ce travail dans la poussière est de surcroît très irritant malgré les protections.
Le polish demande lui aussi des efforts mais sans les miasmes. Et la satisfaction est plus immédiate avec l’apparition des reflets dans le gelcoat brillant. Merci à Grand Soleil pour l’aide apportée lors de cette étape éreintante.
Un cap de plus de franchi dans la préparation, prochain carénage de Caramel prévu dans un an en Polynésie…




1 au 6 août 2026
Test du nouveau gréement
Quelques virements de bord et empannages le long des côtes provençales pour tester le nouveau gréement de Caramel.
Verdict : Tout va bien, que ce soit au près serré avec deux ris dans la grand-voile ou paisiblement sous spi. Un seul petit ajustement est à prévoir, le raccourcissement de l’épissure du pataras d’une dizaine de centimètres. En prime, de beaux mouillages et des randonnées dans les Calanques, au cap Sicié et à Porquerolles.
Prochaine étape : Carénage et polish, une bonne semaine à consommer de l’huile de coude en perspective !



27 juillet 2026
Un nouveau gréement pour Caramel
Le départ se rapproche à grands pas. Le chantier a démarré sur Caramel avec un démâtage, toujours impressionnant, afin de remplacer son gréement dormant. En une grosse semaine et malgré des chaleurs accablantes, étais, haubans et pataras ont été changés grâce à l’efficacité de Grand Soleil. Rod pour les premiers et Dyneema SK99 pour le dernier. L’occasion aussi de remplacer quelques pièces de l’enrouleur.
Les épissures du gréement courant sur les cordages en Dyneestar de Cousin vont bon train. Quelques automatismes commencent à rentrer pour réaliser les œils épissés double tresse avec ou sans surgaine Dyneema.
Prochaines étapes : mise à terre pour carénage et polish, mais d’abord quelques milles le long des côtes provençales pour tester ce nouveau gréement.




Avril 2026
Traversée transatlantique en double
Martinique - Marseille
L'occasion était trop belle de pouvoir acquérir de l'expérience sur un autre voilier que Caramel. J'ai eu la chance, ce mois d'Avril, de convoyer en double un Grand Soleil 52 de la Martinique jusqu'à Marseille, aux côtés de Gishlain Gomiot, de Grand Soleil, navigateur et technicien hors pair.
Cette traversée transatlantique de 30 jours et 5000 milles exactement s'est révélée particulièrement exigeante : de nombreuses perturbations se sont succédées au long du parcours, sans oublier les orques très actives dans le détroit de Gibraltar.
Au delà de l'aventure humaine et maritime, cette expérience a permis d'identifier des améliorations à prévoir pour Caramel. Il faudra notamment l'équiper de short sheets afin de pouvoir régler correctement son génois lorsqu'il est en partie roulé.
Le récit de cette aventure est à retrouver




Février 2026
Formation au protocole de prélèvements d'ADNe
Caramel prend la direction de Palavas, paré de ses nouvelles voiles en DFi® de la voilerie française Incidence. Objectifs de ces quelques jours en Occitanie: rencontrer les membres du laboratoire MARBEC qui participeront au projet Odysea et me former au système de prélèvement d'ADNe.
Laure et Marie, ingénieures au laboratoire MARBEC m'expliquent les différentes étapes du protocole. Une fois le prélèvement de 30L d'eau de mer réalisé à l'aide d'une pompe péristaltique, l'ADNe collecté sur le filtre est conservé dans un tampon permettant de préserver les acides nucléiques à température ambiante jusqu'à l'envoi à la plateforme d'analyse SPYGEN qui effectuera les étapes d'extraction, d'amplification et de séquençage.
Emilie Proumen, journaliste à Science et Avenir, m'accompagne lors de cette navigation et de la formation. Son reportage est disponible sur le site de Sciences et Avenir.







